Lien vers
le dossier de presse
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Sénateurs
Le projet de loi qui vient, aujourd’hui,
devant vous, en 2ème lecture, est un pilier essentiel
du grand chantier du handicap voulu par le Président
de la République.
Ce projet, vous l’avez inspiré
et vous l’avez nourri, grâce au Rapport
du sénateur Paul Blanc, à la proposition
de loi de MM. ABOUT et BLANC, aux nombreux amendements
que votre commission des affaires sociales y a apporté
et que votre Haute Assemblée a votés en
première lecture.
J’ai le devoir, Monsieur le Président,
de remercier M. le Président About, M. le Rapporteur
Paul Blanc, d’exprimer ma gratitude à la
Haute assemblée pour la qualité du travail
accompli en faveur de nos concitoyens handicapés.
Pour ma part, j’ai abordé
ce texte avec la conviction que la question du handicap
rejoint aujourd’hui la question plus générale
de la capacité de notre société
à reconnaître sans discrimination l’ensemble
de ses membres, à fixer des règles communes
dans le respect des différences, à fonder
la cohésion sociale sur la diversité.
Les progrès de la conscience
collective, les aspirations propres des personnes handicapées,
les uns et les autres soutenus et amplifiés par
les perspectives nouvelles de vie qu’autorisent
les progrès des sciences et des techniques nous
conduisent aujourd’hui à un réexamen
des équilibres instaurés dans la loi de
1975 et nous indiquent les voies de nouveaux équilibres
pour fonder aussi durablement que possible le nouveau
droit du vivre ensemble.
Je dis aussi durablement que possible
avec la conviction que nos législations doivent
désormais être suffisamment souples pour
être évolutives. Au demeurant, la loi fondatrice
du 30 juin 1975 a elle-même été
substantiellement modifiée sur plusieurs points
par des lois importantes au nombre desquelles la loi
du 10 juillet 1987 sur l’intégration professionnelle,
la loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 et
la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades.
N’ayons donc pas l’objectif
de fonder un nouvel équilibre pour trente ou
cinquante ans. Mais ayons l’ambition d’apporter
immédiatement un progrès notable à
la condition des personnes handicapées et de
fonder un nouvel équilibre dans notre protection
sociale qui sera réajusté en fonction
des réalités concrètes.
°
°
°
Les amendements que j’ai
souhaité apporter à votre texte, lors
de la 1ère lecture à l’assemblée
nationale, sont une expression de cette conviction.
Au demeurant, ils ont largement été inspirés
par vos débats et vos propositions.
J’ai modifié la définition
du handicap pour prendre en compte explicitement et
de manière pratique l’environnement. Vous
aviez vous même souhaité une telle évolution.
J’ai créé un Titre
I sur l’accès aux soins qui reprend, dans
une présentation systématique et je crois
plus complète, les amendements que vous aviez
apportés sur cette question importante. C’est
une triste vérité que la santé
des personnes handicapées est parfois devenue
un aspect secondaire sinon délaissé de
nos préoccupations. Je citerai un seul exemple
: la fréquence du suivi gynécologique
des femmes handicapées en établissement
est nettement inférieure à la moyenne
nationale. C’est d’autant moins admissible
que ce déficit les expose, au-delà du
handicap, à des cancers que l’on saurait
pourtant dépister.
J’ai aussi souhaité une
base ressources plus favorable aux personnes handicapées
pour le calcul de leur prestation de compensation.
J’ai inscrit ma démarche dans la perspective
de la suppression des barrières d’âge.
Car je ne conçois pas que les besoins de compensation
des handicaps puissent être évalués
de manière différente selon l’âge,
que les prestations puissent être différentes
pour un même handicap selon l’âge
de la personne.
Enfin, j’ai considéré
que le droit nouveau à compensation créé
par la loi se traduira, compte tenu des moyens considérables
qui lui sont affectés, par un accroissement massif
des aides humaines et par conséquent par la création
de plusieurs milliers d’emplois dans le secteur
de la dépendance. C’est pourquoi j’ai
introduit dans la loi le principe d’un plan métiers
qui va bien au-delà des dispositions initialement
envisagées - et par ailleurs contestées
- dans l’ancien titre V.
D’autres amendements ont été
introduits par les députés, le plus souvent
acceptés par le gouvernement, au nombre desquels
je citerai le sous titrage obligatoire dans les cinq
ans et la formation des personnels au handicap (architectes,
professionnels du bâtiment, médecins et
professionnels de santé)
Ces inflexions me sont apparues nécessaires
pour retrouver le souffle originel de la loi et rapprocher
encore davantage le texte de la loi de son exposé
des motifs unanimement jugé généreux.
° °
°
Au moment où ce projet de loi
revient devant votre Haute Assemblée, je forme
le souhait que notre débat apporte à nos
concitoyens toute la clarté qu’ils
sont en droit d’attendre sur les dispositions
de ce projet,
- celles que j’ai souhaité conserver malgré
les controverses,
- celles que j’apporterai par amendement,
- celles relatives aux futures institutions de la nouvelle
politique du handicap.
Au nombre des critiques que je ne peux
partager, il y a celle qui porte sur la définition
du handicap et le refus de substituer l’expression
« personnes en situation de handicap » à
l’expression « personnes handicapées
».
Cette critique est allée loin.
Elle est allée trop loin.
La position du gouvernement est claire
. Le handicap résulte toujours d’une interaction
entre les incapacités d’une personne affectée
de déficiences et l’environnement dans
lequel cette personne évolue. Et dans ce sens,
le handicap constitue en lui-même une situation.
Point n’est besoin d’être redondant
en parlant de situation de handicap. Mais il faut aller
au-delà.
Sur le premier point, je dirai que réduire
le handicap aux seules incapacités nous ramènerait
à une vision dépassée et erronée
du handicap. J’ajoute que cette loi serait dévoyée
si elle devait dissocier les incapacités de la
déficience qui les engendre. Il reste que ces
incapacités sont un élément constitutif
du handicap et qu’il s’agit de les compenser
aussi intégralement que possible. Tel est d’ailleurs
le sens du droit à compensation créé
par ce projet de loi.
Sur le deuxième point, il doit
être aussi clair qu’un environnement aménagé,
accessible, est un facteur puissant de réduction
du handicap pour des personnes ayant des incapacités
déterminées et constitue par conséquent
un facteur d’intégration. Ce projet de
loi va si loin dans le champ de l’accessibilité
qu’il devient incongru de prétendre qu’il
ne prend pas en compte l’environnement dans la
définition du handicap. J’ajoute qu’il
serait illusoire de prétendre que l’environnement
crée le handicap et, par conséquent, que
la politique du handicap pourrait s’épuiser
dans l’aménagement de l’environnement.
J’observe, enfin, que la négligence des
problèmes de santé de la personne handicapée
que j’évoquais il y a un instant trouve
une large part de son explication dans la dérive
de la notion de handicap, dans le déplacement
du regard de la personne handicapée vers la situation
de handicap.
La définition proposée
dans le projet de loi n’est pas une définition
abstraite, qui établirait un lien vague autant
qu’incertain entre incapacité et environnement.
Elle est une définition opérationnelle,
pratique, qui garantit à la personne handicapée
que l’appréciation de ses incapacités
et la détermination de ses besoins de compensation
se feront en tenant compte de l’environnement
dans lequel elle évolue ou aspire à évaluer.
C’est une définition faite pour les personnes
handicapées et non pour ceux qui philosophent
sur le handicap. C’est aussi une définition
faite pour nos concitoyens, que nous devons amener à
comprendre ce qu’est le handicap.
J’en viens maintenant aux remarques
et aux suggestions que j’ai entendues et dont
j’ai reconnu le bien fondé.
Notamment celles qui se sont exprimées
sur l’insuffisance des ressources des personnes
handicapées, lorsque leur handicap les a privées
d’un emploi ou ne leur permet pas d’accéder
à un emploi.
La question posée est celle du
niveau de l’AAH, je veux dire de son montant absolu
; c’est aussi la question des ressources disponibles
pour la personne en établissement – le
« reste à vivre », dans le langage
de l’administration.
Sur cette question aussi, je veux être
très claire.
Je considère que la prestation
de compensation améliore ipso facto les ressources
des personnes handicapées. Celles-ci pourront
désormais consacrer l’intégralité
de leur AAH à couvrir les frais de la vie courante.
Ce n’était pas le cas jusqu’ici.
L’AAH devait financer à la fois la vie
courante et certains surcoûts du handicap. Elle
était ainsi doublement insuffisante.
Aujourd’hui, on peut encore juger
que son montant est insuffisant. Mais le fait est que
ce minimum social est largement supérieur au
minimum social de droit commun.
Mais il faut aller plus loin. Je considère
qu’un relèvement indifférencié
de l’AAH serait un contre sens car il conduirait
à identifier le handicap à l’exclusion.
L’AAH est un minimum social et doit le rester.
Par contre, nous avons le devoir de
compenser l’absence de ressources d’activité
en raison d’un handicap. Cela est d’abord
vrai pour la personne handicapée qui se trouve
dans l’incapacité plus ou moins durable
de travailler, qu’elle vive à domicile
ou en établissement. Cela est vrai aussi pour
la personne handicapée qui peut travailler mais
ne trouve pas d’emploi en raison de son handicap.
J’ai déjà pris l’engagement
d’organiser cette compensation là. Je le
renouvelle devant vous avec d’autant plus d’assurance
que je disposerai incessamment des conclusions du groupe
de travail que j’ai installé sur ce sujet.
Je suis au regret de devoir dire devant vous que je
ne dispose pas encore des amendements nécessaires
pour améliorer les ressources de l’ensemble
des personnes handicapées. Mais j’ai à
coeur de vous dire quelle sera la réforme des
ressources que je porterai en 2ème lecture devant
l’assemblée nationale.
Tous les allocataires de l’AAH
seront traités selon leurs besoins. A ceux qui
travaillent, le projet offre d’ores et déjà
un meilleur cumul de leur AAH avec un revenu d’activité
en milieu ordinaire et une meilleure GRTH en milieu
protégé. A ceux qui peuvent travailler
mais se trouvent au chômage, j’ai l’espoir
d’offrir une solution d’emploi grâce
aux pactes territoriaux pour l’emploi à
l’élaboration desquels travaillent aujourd’hui
mes services. A ceux qui sont dans l’incapacité
de travailler, le projet de loi proposera un complément
spécifique et substantiel, y compris lorsqu’ils
perçoivent une pension d’invalidité
inférieure à l’AAH. A ceux qui sont
sans ressources d’activité, quelle qu’en
soit la cause, un complément autonomie cumulable
avec le complément d’incapacité
de travail sera créé par la loi pour leur
permettre de faire face à leur frais de logement.
Enfin, je m’engage envers tous ceux qui sont accueillis
en établissement – qu’il soit hospitalier,
médico-social, ou pénitentiaire –
à prendre les dispositions réglementaires
nécessaires pour que leurs ressources disponibles
soient améliorées.
Le droit à la compensation personnalisée
du handicap ne s’épuise pas dans des aides
humaines ou techniques. Il s’étend aussi
dans l’ordre des ressources et constitue une réponse
plus efficace, plus juste et plus digne que le simple
relèvement systématique d’un minimum
social, que la simple transformation de l’AAH
en salaire de l’exclusion, quel que soit le niveau
auquel on le porte.
J’en viens maintenant à
ce qui est l’enjeu majeur de cette deuxième
lecture, les institutions.
Le Premier Ministre avait souhaité
confier sur ce sujet une mission de réflexion
et de propositions à Messieurs Briet et Jamet.
La concertation engagée avec l’ensemble
des partenaires dès la remise de leur rapport,
cet été, a conduit à en infléchir
certaines conclusions.
Les amendements que le Gouvernement
vous présente aujourd’hui se rapportent
aux trois niveaux de l’action publique qui ont
été définis après concertation.
1/ Le département deviendra
l’interlocuteur privilégié des personnes
âgées et handicapées.
C’est à lui qu’il
reviendra d’organiser l’accueil, l’information
et le conseil des personnes ainsi que l’évaluation
de leurs besoins et, pour cela, de mettre en place la
Maison départementale des personnes handicapées.
Comme l’avait initialement proposé le Sénat,
comme l’a souhaité le CNCPH, le Gouvernement
propose que la Maison ait le statut de GIP, afin de
mutualiser le maximum de moyens au service de la Maison.
C’est aussi le département
qui sera l’échelon de gestion et de financement
des prestations liées à la dépendance
: allocation personnalisée d’autonomie
pour les personnes âgées dépendantes
et prestation de compensation pour les personnes handicapées.
A cet effet, le président du
conseil général préside la commission
des droits et de l’autonomie, qui fusionne les
actuelles CDES et COTOREP, et le département
reçoit de la CNSA, chaque année, les dotations
financières nécessaires pour compléter
le financement de ces prestations. Elles lui sont dévolues
en fonction de critères définis dans la
loi, dans le cadre d’un dialogue de gestion.
Ainsi, la nouvelle prestation de compensation sera intégralement
gérée dans la proximité, par le
Président du Conseil général. Les
personnes handicapées auront un interlocuteur
unique. Elles s’adresseront à la Maison
départementale des personnes handicapées,
guichet unique de proximité de la CNSA comme
les familles s’adressent aux CAF ou les malades
aux Cpam.
Selon les souhaits des associations,
des référentiels nationaux seront établis
pour permettre à la fois une évaluation
des incapacités et des capacités conforme
aux orientations de l’OMS et une évaluation
des besoins de compensation. Le projet de vie de la
personne sera à la base du plan de compensation.
La prestation de compensation aura ainsi son unité.
Globalement, 550 millions d’euros
sur les 850 millions issus de la suppression d’un
jour férié seront affectés aux
départements pour faire plus et pour faire mieux
.
Sur ces 550 millions, 200 millions seront
affectés à une meilleure prise en charge
des aides techniques, de l’aménagement
du logement et de différentes aides.
350 millions seront affectés
à l’élément « aides
humaines » de la prestation de compensation. C’est
un montant considérable qui s’ajoute aux
quelque 500 millions d’ACTP et aux 50 millions
de subvention aux services d’auxiliaires de vie.
Sur ces 350 millions, la moitié
est destinée aux personnes très lourdement
handicapées pour leur garantir la présence
permanente d’une tierce personne. L’autre
moitié doit permettre aux départements
d’améliorer leur réponse aux demandes
de tierce personne.
Enfin, s’agissant de l’offre
de places médico-sociales, qui ressortit à
la compensation collective, le Gouvernement a choisi
de maintenir le partage actuel entre le président
du conseil général et le préfet
en matière d’autorisation et de tarification
d’établissement et services.
Par conséquent, le président
du conseil général exercera la fonction
de chef de file pour l’élaboration du schéma
départemental, conformément à la
loi du 13 août 2004 relative aux libertés
et aux responsabilités locales, alors qu’il
reviendra au préfet d’insérer dans
les schémas départementaux les orientations
qu’il aura retenues au niveau départemental
pour les établissements financés par l’assurance
maladie, et qui sont une déclinaison des priorités
nationales définies par la CNSA.
2/ Au niveau national, la CNSA sera,
en effet, le garant de la prise en charge de la politique
en faveur de l’autonomie des personnes âgées
et handicapées.
Elle aura pour mission d’animer,
dans le cadre de conventions passées avec l’Etat,
la politique de compensation des handicaps et de la
perte d’autonomie ainsi que de garantir l’indispensable
égalité de traitement sur tout le territoire.
C’est à la CNSA qu’il revient notamment
d’évaluer les aides techniques, de valider
les référentiels nationaux d’évaluation
des déficiences et des incapacités, de
diffuser les bonnes pratiques d’évaluation
des besoins individuels de compensation. A cet égard,
un conseil scientifique apporte son concours à
la définition des orientations et à la
conduite des actions de la CNSA.
La CNSA aura aussi pour mission de réunir
et de répartir les moyens financiers de la prise
en charge de la perte d’autonomie des personnes
âgées et des personnes handicapées,
à domicile ou en établissement.
A cet effet, la CNSA se verra dotée
de l’ensemble des financements liés à
la perte d’autonomie qui sont aujourd’hui
dispersés (PLFSS, PLF, CNSA). Ainsi, la CNSA
aura à gérer un budget d’environ
17 milliards d’euros constitué non seulement
des recettes liées à la nouvelle contribution
de solidarité de 0,30% et 0,1 point de CSG affecté
à l’APA, mais aussi des crédits
de l’ONDAM médico-social et unités
de soins de longue durée (USLD) votés
à l’occasion du PLFSS.
J’ajoute qu’elle ordonnancera
également l’ensemble des crédits
concernant les établissements et services pour
personnes âgées et personnes handicapées,
en veillant à leur répartition équitable
sur l’ensemble du territoire.
Je ne voudrais pas terminer sur ce point
sans souligner avec force que le Gouvernement a le souci
de préserver l’universalité de l’assurance
maladie, en confiant au PLFSS la détermination
du montant de l’ONDAM médico-social : le
Parlement vote les crédits correspondants, dont
la gestion est ensuite confiée à la CNSA.
Quant à la gouvernance de la
CNSA, elle n’obéira pas aux schémas
traditionnels. La CNSA aura un directeur, un conseil
composé des représentants des départements,
des associations, des partenaires sociaux et de l’Etat,
auxquels s’ajouteront des personnalités
qualifiées.
3/ Enfin, le
Gouvernement propose de renforcer le niveau régional
et d’en faire un échelon de programmation
financière afin de garantir une plus grande cohérence
de la politique d’offre pour les établissements
financés par la CNSA.
A cet égard, il est proposé de confier
aux préfets de région (DRASS) la gestion
des enveloppes médico-sociales (places en établissements
et services) et, par conséquent, de mettre en
place une programmation financière interdépartementale
concernant les établissements et services médico-sociaux
sous tarification Etat, en coordination avec chaque
préfet de département (DDASS) et chaque
conseil général.
Cette programmation financière
ne concerne que les établissements et services
soumis à la tarification par l’Etat. Elle
fixe et hiérarchise de façon pluriannuelle
les priorités interdépartementales en
fonction des priorités retenues par les conseils
généraux et dans le souci d’une
harmonisation avec l’offre sanitaire et d’une
répartition équilibrée des réponses
aux besoins dans les départements de la région
.
Elle permet à la caisse nationale
de déterminer les enveloppes régionales
et départementales destinées aux établissements
et services à tarification préfectorale
et préserve l’autonomie des conseils généraux.
Elle offre aussi l’opportunité
de mettre en cohérence la programmation de la
collectivité départementale et les orientations
que le préfet (DDASS) aura demandé au
président du conseil général d’inscrire
dans son schéma en ce qui concerne les établissements
et services sous tarification Etat.
° °
°
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les sénateurs,
Ce projet de loi comporte son lot d’avancées
et sans doute d’imperfections. Nous allons en
débattre. Mais ne nous y trompons pas : ce projet
de loi porte en lui un début de réponse
à la nouvelle question sociale en même
temps qu’il en favorise l’ émergence
et en précise les termes .
Une brève incursion dans notre
histoire sociale montre qu’à la fin du
XIXème siècle, face à la formation
et au développement de la classe ouvrière,
l’Etat a eu pour premier réflexe de substituer
la charité publique à la charité
privée qui s’exerçait en faveur
des pauvres. Avec le recul du temps, les lois d’assistance
votées sous la IIIème République
nous apparaissent comme une réponse inadaptée
à son objet. Il faudra attendre 1930 pour que
soit votée la loi sur les assurances obligatoires
et 1945 pour que la technique de l’assurance s’impose
définitivement en réponse à la
nouvelle question sociale, celle du monde du travail,
celle du salariat.
Cinquante ans plus tard, nous voilà
confrontés à de nouveaux risques, extérieurs
au monde du travail, notamment au risque universel de
la dépendance qui s’amplifie paradoxalement
avec les progrès des sciences et des techniques.
Nous voilà confrontés
à une demande sociale nouvelle, qui exige des
prestations adaptées au cas particulier de chaque
personne, loin des prestations uniformes traditionnelles
de la sécurité sociale .
Ne cédons pas à la tentation
d’apporter une réponse ancienne à
un problème nouveau, de répondre par des
prestations forfaitaires et uniformes à la demande
de différence. Osons rechercher des formes nouvelles
de solidarité, moins mécaniques, plus
personnalisées, plus ancrées dans la proximité,
en même temps que des formes nouvelles de participation
des intéressés à la gestion de
leur risque.
C’est dans cette voie que s’engage
le projet de loi.
|